Le Nouvelliste Online
14.01.2016, 00:01

Les disparus du Paris-Dakar, trente ans après

 

PAR CHRISTINE SAVIOZ

Anniversaire Le 14 janvier 1986, François-Xavier Bagnoud et Daniel Balavoine mouraient au mali. Leurs proches ont poursuivi les œuvres d’entraide amorcées.

Trente ans. Le chiffre donne presque le tournis. «Trente ans, c’est une vie», souligne Albina du Boisrouvray, d’une voix paisible au bout du fil. «Avec le temps, la douleur très aiguë finit par s’amalgamer à qui vous êtes. On arrive à négocier une sorte de paix avec sa douleur et son manque. Même si la perte d’un enfant est comme une amputation», ajoute-t-elle. Le 16 janvier 1986 disparaissait son fils François-Xavier Bagnoud dans un accident d’hélicoptère au Mali, avec à son bord Daniel Balavoine et le chef de la course Paris-Dakar Thierry Sabine (cf. encadré).

Le drame est arrivé alors même que le pilote valaisan avait l’avenir prometteur. Le Petit Prince des montagnes, comme il était surnommé dans son canton natal, s’en est allé à 24 ans à peine. «Je crois que la pire des choses qui puisse arriver à un parent est de perdre son enfant», confie Bruno Bagnoud qui était très complice avec son fils. «Oui, une partie de moi est partie avec lui», ajoute-t-il presque dans un murmure.

Poursuivre l’œuvre de leur fils

Après le choc des premiers jours, l’incompréhension ou encore la colère, les parents de François-Xavier Bagnoud ont voulu garder en quelque sorte leur fils en vie par le biais d’actions d’entraide ici et dans le reste du monde. Trente ans d’aides aux plus démunis via l’association portant le nom de leur enfant. «Jamais je n’aurais pensé que cela aurait été possible de faire tout ça si rapidement», s’enthousiasme Bruno Bagnoud.

Même satisfaction pour Albina du Boisrouvray qui est heureuse d’avoir pu prolonger le mouvement solidaire amorcé par son fils. «Il avait déjà sauvé 300 vies à l’âge de 24 ans à peine. C’était un homme d’une grande générosité. Nous avons continué ce qu’il avait déjà réalisé», souligne-t-elle. Toute l’œuvre accomplie a un peu compensé le départ précoce de son fils. «Son esprit nous a animés tout au long de ces années pour l’association FXB.»

«Je communique toujours avec François-Xavier»

Les deux parents vivent encore constamment avec leur fils en pensées. Tandis qu’Albina du Boisrouvray avoue prononcer le nom de François-Xavier plusieurs fois par jour, Bruno Bagnoud n’hésite pas à parler à son cadet disparu quand il doit prendre de grandes décisions. «Je le faisais déjà quand François-Xavier était vivant. On se réunissait autour d’une table et on discutait pour prendre la décision.» Aujourd’hui, Bruno Bagnoud affirme toujours avoir les réponses à ses questions, «même si c’est moins clair» que lorsque son fils était à ses côtés en chair et en os.

Chaque année, le Paris-Dakar ravive le chagrin de Bruno Bagnoud. «Même si cela ne se passe plus en Afrique, la douleur revient avec force à chaque fois.» La maman de François-Xavier a, elle, choisi de se préserver. Pendant des années, elle ne quittait pas son chalet pendant le mois de janvier. «Ainsi, je n’étais pas en contact avec les infos, les kiosques à journaux, la radio, les premières pages, la télé, rien. J’ai nié Paris-Dakar.» Aujourd’hui, Albina du Boisrouvray prend moins de précaution. «Cette année, j’ai vu des infos sur cette couse et je me suis dit mince c’est encore là, ça.»

Une urgence à vivre intensément

Les parents ont dépassé le temps de la révolte. Car Bruno Bagnoud le répète: la mort est le mystère de la vie. Et il reste persuadé que chacun a son heure. «François-Xavier vivait à cent à l’heure comme s’il sentait qu’il partirait si tôt. Il avait une espèce d’urgence à vivre intensément.» Ainsi se souvient-il du petit garçon qui dévorait les livres dans la voiture familiale le conduisant de son domicile de Crans-Montana à Sion. «Je lui disais toujours qu’il aurait le temps de lire après, mais François-Xavier répondait que non, il devait le faire maintenant.»

Ce père se console parfois en se disant que son cadet est parti dans sa passion. Heureux. «Quand son enfant est heureux, c’est l’essentiel pour un parent. On voit tellement de personnes mourir dans une grande tristesse.» C’est ce que le patron d’Air-Glaciers vient d’ailleurs de répondre à un couple ayant perdu son enfant dans un accident de ski. «Souvent, des parents qui ont perdu un enfant viennent me demander comment on fait avec une si grande douleur», confie Bruno Bagnoud.

Il aurait 54 ans aujourd’hui

Parfois, Albina du Boisrouvray et Bruno Bagnoud tentent d’imaginer François-Xavier aujourd’hui. Il aurait 54 ans. «J’y pense souvent en voyant ses amis», note la maman du disparu. «J’aurais pu nouer une belle relation de grand-papa avec ses petits-enfants», murmure Bruno Bagnoud une pointe de regret dans la voix. Mais le patron d’Air-Glaciers le sait. Aucun humain ne peut rien contre la mort, contre son destin. «Cela ne sert à rien de se révolter là-contre», conclut-il avec sagesse.

Une messe souvenir aura lieu ce soir à 19 h 30 à l’église du Châble.

 

RAPPEL DES FAITS

Un 14 janvier noir

Il est environ 19 heures ce 14 janvier 1986 quand l’hélicoptère, piloté par François-Xavier Bagnoud, percute une dune à 180 km/h. L’appareil survolait le dernier tronçon du parcours Niamey-Gourma Rahrous, la quinzième étape du Paris-Dakar. Comme un vent de sable rendait la visibilité quasi nulle,

le pilote devait maintenir l’hélicoptère à faible altitude pour repérer les concurrents du raid. Les cinq personnes à bord, dont Thierry Sabine, le patron du Paris-Dakar, le chanteur Daniel Balavoine, la journaliste Nathalie Odent et Jean-Paul Le Fur, technicien radio, meurent tous sur le coup. CSA