Presenting an analysis of historical contexts, testimonies, experiences and lessons learned was the focus of this joint UNESCO-United Nations University (UNU) conference on “The Human Face of Migration: Historical Perspectives, Testimonies and Policy Considerations”, organized at UNESCO Headquarters in Paris, on 15 June 2017. The conference aimed to inform ongoing reflection on sharpening migration policies that place human dignity at their center.

Speech by Albina du Boisrouvray (in French only) :

FXB International, depuis près de 30 ans, est fondé sur le principe que la santé, les droits humains, ceux des enfants, sont inextricablement liés afin de fournir un développement maximum impactant et durable dans le temps.

En 2015, 1,3 million de migrants ont demandé l’asile dans l’UE-28, en Norvège et en Suisse.

FXB reconnaît les limites de ses interventions pour prévenir la migration due aux conflits, à la violence et à l’instabilité politique. Cependant, les programmes de développement communautaire de FXB – les programmes VillageFXB – agissent précisément sur les causes des migrations économiques.

Les causes et les facteurs de cette migration-là sont les facteurs macro-économiques :

  • Les migrants sont attirés par des salaires plus élevés à l’étranger et poussés par le manque d’emploi et les salaires bas chez eux (push-and-pull).
  • Dans les pays en voie de développement, le changement structurel des sociétés rurales en sociétés urbaines et industrielles fait perdre des AGRs (Activités Génératrices de Revenus) traditionnelles et contribue à la hausse du chômage et la migration vers les centres urbains puis à la migration internationale (step-migration).

Il y a également les facteurs micro-économiques : migrer n’est pas un choix individuel, mais est basé sur une décision de la communauté et du ménage de diversifier le revenu pour diminuer les risques et augmenter les profits. Un membre de la famille qui migre va renvoyer de l’argent au pays. Tant que les ménages voient ce type de revenu comme étant viable, l’émigration va continuer des pays en développement vers les pays à haut revenu.

Donc, considérant les facteurs de migration présentés ci-dessus, les stratégies de prévention/réduction de la migration devraient prendre en compte les éléments suivants :

  • Investissements dans le support d’AGRs et d’entreprenariat sur place avec formation si nécessaire.
  • Promotion de moyens de subsistance et de stratégies de diversification du revenu de manière à rendre durables les activités économiques, consolider l’accès aux besoins fondamentaux tels que santé, nutrition, éducation, eau, hygiène et logement.
  • Renforcer la cohésion sociale des communautés et développer la résilience des familles vulnérables

Or la méthodologie du VillageFXB répond précisément à ces nécessités et s’attaque aux racines des motivations de migration économique.

Le modèle du VillageFXB fut fondé en 1991 sur le paradigme de santé publique enseigné par le Professeur Jonathan Mann de l’Université de Harvard qui mit en avant le lien inextricable entre santé et droits de l’homme. Mann a prôné que la santé publique ne peut avoir un impact durable que si les facteurs sociaux et culturels qui augmentent le risque de maladie et empêchent les gens d’accéder aux droits essentiels sont traités simultanément.

Une aide morcelée en mode assistanat est une solution insuffisante pour les communautés vivant dans l’extrême pauvreté. Le seul vrai moyen de briser le cycle de cette extrême pauvreté est à travers un modèle holistique.

En ajoutant à l’approche de Mann un lien manquant, le lien économique, pour permettre aux personnes de démarrer une activité génératrice de revenus, j’ai donc traduit à travers les programmes VillageFXB de l’Association FXB ce paradigme de santé publique en un de développement.

En effet, le facteur libérateur du programme est cette petite entreprise fournie en début de programme aux chefs de famille. Un petit capital de départ est donné et non pas prêté aux participants dès la première année du programme. Il leur permet de créer des activités génératrices de revenus sans se soucier de son remboursement.

En 1991, quand j’ai pensé et développé notre modèle, l’ensemble de la communauté internationale se tournait uniquement vers le micro-crédit pour lutter contre la pauvreté à grande échelle. J’avais la conviction que les familles avec lesquelles nous travaillions, plongées dans une pauvreté extrême, n’auraient jamais la possibilité de rembourser les emprunts et que l’assistanat morcelé ne les élèverait pas jusqu’à une dignité retrouvée et une indépendance économique.

A quoi sert aussi de construire une école si les enfants étudient l’estomac vide et n’ont pas de maison familiale où dormir ? de créer un dispensaire, si rentrant chez eux les malades boivent de l’eau contaminée ?

Donc, pas d’approche en silo mais répondre simultanément à l’ensemble des besoins interdépendants pour extraire ces familles du dénuement total et financer à 100 % tout le budget des nécessités de base de la famille, ce que le philosophe Jean-Claude Milner appelle « les droits du corps ».

Ces AGRs ainsi créées au départ permettent progressivement aux familles d’obtenir un revenu suffisant pour faire face à leurs besoins quotidiens et prendre en charge progressivement les autres piliers de leur vie pour, en 3 ans, être socialement et économiquement autonomes, ayant un accès immédiat à l’ensemble de leurs besoins fondamentaux, c’est-à-dire : la nutrition, la santé, le logement et l’accès à l’eau, l’éducation, l’emploi, ainsi qu’un environnement sain, la sécurité, le respect et la dignité. Un avenir en somme !

Au cours des 3 années du programme, le soutien financier de FXB se réduit petit à petit. L’approche holistique de synergies d’interventions permet l’indépendance progressive des participants qui peuvent maintenant recourir au micro-crédit pour consolider et diversifier leurs entreprises.

Nous sommes l’étape avant le micro-crédit.

On voit que le programme VillageFXB est une intervention qui s’attaque précisément aux causes de la migration et ancre les personnes dans leur pays d’origine :

  • Lorsque les communautés économiques et leurs membres ont un accès durable à un revenu mais également aux autres droits humains de base, elles ne sont pas incitées à migrer internationalement.
  • Les investissements dans les AGRs des familles ainsi que les formations vont permettre aux familles de diversifier leurs revenus et s’assurer contre les risques.

L’expansion des programmes VillageFXB dans des régions qui sont sources de grande migration illégale peut faire diminuer ces taux.

Cela permet également d’élever les enfants, afin d’éviter que simplement pour manger, ils ne se fassent recruter par la criminalité, le terrorisme, les enfants soldats, la prostitution et le trafic de drogue. Qu’ils n’aillent pas augmenter les cohortes de cette     « génération larguée ».

Car investir dans la jeunesse, c’est investir dans la paix et la sécurité du monde.

De plus, nous essayons d’être un laboratoire d’offres nouvelles.

Au Rwanda, nous avons ajouté biochar et permaculture comme apports supplémentaires pour les AGRs rurales.

Depuis près de 30 ans, en Afrique, Asie et en Amérique latine, les VillageFXB sortent de la grande misère 80 familles par 80 familles qui deviennent des petits entrepreneurs locaux, se substituant à nous en 3 ans dans une autonomie économique, avec 86 % de réussite durable.

C’est plus de 13.000 familles remises sur le chemin de la dignité et de l’autonomie économique, près de 100.000 personnes.Cela représente sur 3 ans, pour 5 à 600 personnes par programme, 250.000 euros.C’est-à-dire, 145 euros par personne, par an, c’est peu…

Par exemple,

FXB développe des VillageFXB au Burundi depuis 2006, notamment à Bujumbura. Alors que la crise politique actuelle -qui a automatiquement entraîné une crise économique- a provoqué de forts mouvements de populations hors du pays (près de 300.000 Burundais ont quitté le pays depuis le début de la crise en avril 2015), les familles bénéficiaires de FXB n’ont pour leur part pas quitté leurs quartiers et donc le pays.

L’accès à leurs droits fondamentaux ainsi qu’à des sources de revenus diversifiées ont fait que ces familles n’ont pas décidé de migrer à l’international.

Leurs capacités globales renforcées, elles sont aussi en mesure de développer des stratégies pour résister aux crises.

Nous venons d’ouvrir un programme VillageFXB dans la province du Dornogobi en Mongolie. Près de la moitié de la population mongole vit dans la capitale du pays, Oulan Bator (environ 1,5 million de personnes sur une population totale de 3 millions). Ceci est principalement dû à l’exode rural causé par les conditions climatiques très difficiles en milieu rural ainsi qu’au manque d’opportunités d’emplois dans les campagnes.

Cela a créé une situation de migration pré-internationale, un ghetto de yourtes à Oulan Bator, situation semblable à celle de Paris, celle des migrants de guerre et économiques, la même désastreuse situation sanitaire et hygiénique qu’à la Porte de la Chapelle où il y a non seulement des cabanes précaires qui recréent une jungle, mais où 600 autres personnes dorment dans la rue, sans latrines ni point d’eau, ce qui risque d’engendrer des épidémies. Et c’est infesté de rats.

Or, depuis début 2016, FXB implémente un programme VillageFXB dans la province du Dornogobi, située dans le sud du pays au désert de Gobi. Un des objectifs de ce programme consiste à maintenir les familles dans leur lieu de résidence en milieu rural en leur donnant accès à tous leurs droits fondamentaux, à leurs besoins de vie, y compris un revenu stable.

Là, l’économie du VillageFXB, c’est l’élevage, le poulailler, la culture sous serre, le petit commerce de couettes entre autres, et vêtements en laine polaire.

Alors que le programme est actuellement en cours d’exécution, les résultats sont visibles étant donné qu’aucune famille n’envisage de quitter le Dornogobi pour Oulan Bator. En effet, les familles développent des stratégies locales pour pallier le manque d’opportunités d’emplois et deviennent des petits acteurs de l’économie locale. Avec les couettes et les vêtements polaires, on a créé un nouveau marché.

C’est un ancrage qui prévient la migration vers la grande ville et la migration internationale.

On pourrait même y songer pour certains lieux d’instabilité politique comme l’Afghanistan. On vient de rapatrier en Afghanistan des migrants refusés comme réfugiés politiques, à qui on dit qu’ils peuvent vivre dans les poches de sécurité en Afghanistan.

Pourrait-on proposer ce programme pour la France, là où sont dispersés les migrants et les camps de réfugiés de guerre qui ne doivent plus être considérés comme des lieux de passage mais comme des lieux de vie.

Dans certains, on en est à la 4e génération.

Il y a pléthore de ressources humaines et matérielles, fournies par l’ONU et les ONG.
Ne pourrait-on pas imaginer de rassembler des groupes de 80 familles, coordonner les apports humains et matériels et ajouter une petite entreprise et sa formation, entreprise qui pourrait s’insérer dans l’économie du pays ou du camp.

Exemple : une utopie future ?

Avec le réchauffement climatique, la Sibérie se dégage de son gel et Vladimir Poutine en distribue gratuitement les terres aux habitants des villes pour les dégorger.
On verra dans les années qui viennent un vaste mouvement de populations chassées par le changement de climat, notamment d’Afrique, pour venir peupler cette région inhabitée.

Pourrait-on se servir là de cette méthodologie “VillageFXB” ?

Il y a deux ans, j’ai développé avec des éducateurs de l’Université de Harvard, un TOOL KIT de la méthode, en open source, gratuit, afin que décideurs, responsables et tout un chacun puissent utiliser les outils du VillageFXB tout en suivant dans les détails cette méthodologie qui réussit, pour ces situations nouvelles d’extrême pauvreté et de migration.

15 juin 2017